Francaisdefrance's Blog

31/01/2011

Qui va récupérer la révolution en Tunisie?

Qui aurait le plus intérêt à la récupérer, cette révolution??? Ce sont les islamistes, bien sûr. Je l’expliquais dans un précédent billet. Ci-après l’avis d’ Alexandre Del Valle.

FDF

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Depuis le départ du président tunisien Ben Ali, tout le monde s’extasie sur les révolutionnaires pacifiques qui ont renversé une dictature corrompue. On nous assure que plus rien ne sera comme avant dans le monde musulman. Mais il faut rester prudent. Car toute la question est de savoir qui va récupérer la révolution. Paradoxalement, si elle a été possible en Tunisie, c’est parce qu’il s’agissait du pays arabe le plus ouvert et le plus évolué, le « moins » totalitaire, comparé à l’Arabie saoudite, l’Egypte ou l’Algérie, et c’est parce que l’armée n’a pas obéi au despote.

Certes, la menace islamiste a trop souvent servi de prétexte pour réprimer l’opposition. Mais ce serait une erreur de sous-estimer les mouvements islamistes comme Ennahda en Tunisie, dont le leader Rachid Ghannouci, qui va quitter Londres pour la Tunisie cette semaine, veut rafler la mise. Souvenons-nous de l’ayatollah Khomeiny qui vola la révolution en 1979. En fait, le chaos qui s’installe à Tunis, le discours revanchard diabolisant la France « complice » du régime tunisien, puis l’appel à faire table rase du passé sont inquiétants.

Certains signes ne trompent pas : retour de l’appel aux prières dans la télévision tunisienne ; afflux d’étudiantes voilées dans les universités ; appel des islamistes à faire le procès non seulement de Ben Ali mais aussi du père de la Tunisie moderne, Habib Bourghiba ; le site islamiste Oumma.com se réjouissant que les mosquées tunisiennes laissent enfin s’exprimer les imams les plus obscurantistes, etc. On nous dit que la jeunesse arabe moderne qui manifeste aux appels de Facebook ne peut pas être islamiste. C’est mal connaître le « fascisme vert », qui maîtrise parfaitement les outils de la « démocratie et les moyens de communication modernes comme le Web ou Al-Jazira, la « CNN musulmane ». Certes, Ennahda « promet » qu’il ne touchera pas au statut de la femme tunisienne, unique en pays arabe. Mais sa stratégie est de grignoter le pouvoir par étapes. L’opposition laïque l’en empêchera-t-il ? L’avenir le dira.


(Publié avec l’autorisation de l’auteur :  Alexandre Del Valle pour France Soir le 24 janvier 2011)