Francaisdefrance's Blog

10/12/2010

Omelette turque…

Le fameux croissant à l’épreuve des oeufs…

FDF

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Le jet d’œufs, symbole de l’agitation étudiante en Turquie.


Tout a commencé, samedi 4 février 2010, par la répression d’une manifestation étudiante, à Istanbul, aux abords du Palais de Dolmabahçe, où le premier ministre, Recep Tayyip Erdoğan rencontrait les recteurs des universités turques. Les forces de l’ordre ont en effet dispersé les manifestants sans ménagement, d’une façon qui a choqué la presse présente sur les lieux, l’amenant à estimer que la réponse policière avait été manifestement «disproportionnée». Une étudiante enceinte a notamment perdu l’enfant qu’elle attendait, à l’issue d’un tabassage en règle.

Loin de regretter ces incidents le premier ministre a estimé que la police n’avait fait que ce qu’elle devait faire, et a fustigé l’attitude des étudiants, en prenant l’opinion publique à témoin, et en incitant les manifestants à reprendre le chemin des amphithéâtres. Les brutalités policières n’ont pas tardé à provoquer, en outre, une passe d’arme entre le chef du gouvernement et le leader de l’opposition, Kemal Kılıçdaroğlu, dont le parti a invité, deux jours plus tard, les étudiants protestataires à venir parler de leurs problèmes au Parlement. Mais, alors même que le CHP se targuait d’être à l’écoute de la nouvelle génération, un autre incident est venu montrer que cette effervescence étudiante est loin d’être un épiphénomène.

Cette fois, c’est la très vénérable Faculté des Sciences Politiques d’Ankara, qui forme la crème de la haute fonction publique turque, et qui est mieux connue sous le nom de «Mülkiye», qui, le 8 décembre dernier, a été le théâtre d’un chahut mémorable. Les principales victimes en ont été deux parlementaires, venus participer à un séminaire sur la réforme constitutionnelle. Süleyh Batum, le secrétaire général du CHP, a été en permanence interrompu par des quolibets et a dû finalement renoncer à poursuivre son intervention jusqu’à son terme. Excédé par le comportement des étudiants, il est même allé jusqu’à le qualifier de «fasciste». Quant à l’autre intervenant, Burhan Kuzu, au demeurant président AKP de la Commission constitutionnelle du Parlement, il a été copieusement arrosé d’œufs, et n’a du son salut qu’au mur de parapluies qu’ont généreusement déployé ses gardes du corps pour le protéger. Encore plus en colère que son collègue du CHP, il s’est écrié : «Honte, c’est une honte pour ce pays. Ils devraient plutôt manger tous ces œufs, peut-être que cela permettrait à leur cerveau de mieux fonctionner.»

Le gouvernement et le parti majoritaire ont fort mal pris cette nouvelle manifestation étudiante, en particulier les jets d’œufs dont Burhan Kuzu a été la cible. Un débat s’est vite d’ailleurs développé sur cette nouvelle forme de protestation pour savoir si elle constituait ou non un droit démocratique ; ce que le premier ministre a démenti avec vigueur en accusant les autorités de l’Université d’Ankara de s’être laissées déborder par un groupe d’activistes d’extrême-gauche. Tant dans les rangs de l’AKP, que dans ceux des nationalistes du MHP, des voix ont commencé à agiter le spectre des années 1970 qui avait vu l’agitation étudiante basculer dans une guerre civile larvée, opposant groupes d’extrême gauche et groupes d’extrême droite, dans le contexte politique délétère qui avait précédé le coup d’Etat du 12 septembre 1980. Burhan Kuzu n’a pas hésité à évoquer la présence d’organisations liées à «Ergenekon» derrière la manifestation d’Ankara, en estimant que les étudiants étaient politiquement manipulés. Quant au CHP, il a eu bien du mal à faire entendre sa différence et à démontrer qu’il était ouvert au dialogue avec les étudiants. À l’issue de l’incident d’Ankara, son leader, Kemal Kılıçdaroğlu a déclaré que la pratique des jets d’œufs n’était pas tolérable, mais que les étudiants avaient le droit de protester en utilisant des voies démocratiques. Toutefois, le président du groupe parlementaire du parti kémaliste, Akif Hamzaçebi s’est démarqué de ces propos, en estimant que le jet d’œufs devait être considéré comme «un acquis de la démocratie».

En tout état de cause, il semble que cette effervescence étudiante soit un mouvement plus profond qu’il n’y paraît. Selon certains experts, les étudiants ne dénonceraient pas seulement les brutalités policières dont ils ont été récemment l’objet et l’intransigeance que le gouvernement a manifestée à leur égard, mais ils voudraient surtout attirer l’attention sur leurs conditions de vie, l’augmentation des droits d’inscription et plus généralement leur inquiétude quant à l’avenir. Ils souhaiteraient aussi être représentés au sein des instances responsables de la politique universitaire.

Si l’implication d’un certain nombre de militants d’extrême gauche dans la survenance des incidents précédemment relatés ne fait pas de doute, on ne peut nier que ces événements aient aussi montré le décalage existant entre une génération montante qui exprime un mal-vivre, et une classe politique, qui toutes formations confondues, a été pris à froid par un mouvement qu’elle a beaucoup de difficultés à appréhender. En dehors de l’incident de Dolmabahçe et de celui de la Faculté des Sciences Politiques d’Ankara, on observe que les manifestations étudiantes se sont multipliées ces derniers temps et qu’au fil des événements, à défaut de pavés, le jet d’œufs est devenu, de façon significative, le véritable symbole d’une fronde. Le président de la Cour constitutionnelle, Hasim Kılıç, a récemment été la cible de ce genre de manifestation d’irrespect, à Eskişehir, en Anatolie occidentale. Et lors du chahut de mercredi à Ankara, Burhan Kuzu, a été accueilli par une pancarte étudiante lui souhaitant la bienvenue à un «festival collectif d’œufs» (photo) ; un humour qu’il n’a apparemment pas vraiment apprécié… Il faut dire que l’omelette, qui lui a été servie, était apparemment très copieuse, puisqu’il aurait reçu près de 200 œufs !

 

 

Source: http://ovipot.blogspot.com/

 

Merci à DG pour l’info…