Francaisdefrance's Blog

12/08/2011

Ramadan: versons une larme…

Des privations « très provisoires »…

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Avec un article comme celui-ci, on ne croirait pas que les « privations » du jour sont largement compensées la nuit… Ca, on n’en parle pas. Le « mois du sacrifice »…

FDF

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Un mois d’endurance et de patience…

Les 400 000 musulmans de Suisse sont actuellement en période de Ramadan. Reportage à la mosquée de Lausanne dans le carré des femmes.


Dans le carré des femmes de la mosquée de Lausanne, les dames s’activent. Le soleil s’est couché. Il est 21h15 en ce jeudi 4 août. Elles distribuent quelques dattes, de l’eau et du lait, de quoi calmer la faim avant la prière du coucher du soleil, le « maghrib ». Déjà, l’imam entonne l’appel en contrebas, dans l’espace réservé aux hommes.

Le sol est recouvert d’un gigantesque tapis graphiquement divisé en une multitude de « sajjad » (tapis de prière), tous orientés vers la Kaaba (une grande construction cuboïde au sein de la Mosquée sacrée de La Mecque), au sud-est. Les femmes et leurs enfants s’alignent sur les deux premières rangées. Ils sont ce soir-là plus d’une trentaine.

La prière commence par le témoignage: tous les croyants répètent en choeur: « ‘Acha-habou ‘alLâ ‘ilâha ‘ilLal_Lâh. wa ‘ach-habou ‘anna Mouhammadane Raçoûloul_Lâh » (réd: Je témoigne qu’il n’y a pas d’autre dieu que Dieu, et que Mouhammad est Son Prophète-Messager). L’ensemble du rite se compose de trois « rak’ah » (unité de prière comprenant la récitation du Coran et diverses stations: debout, incliné, prosterné). Il durera environ un quart d’heure soit jusqu’au crépuscule.

La prière achevée, il est temps de manger. A même le sol, une petite fille et sa maman installent des nappes de papier, tandis que deux autres femmes dressent les couverts. Le groupe s’installe peu à peu, les différentes nationalités se mêlent. Une vieille dame algérienne distribue des parts de galettes aux herbes. Le premier plat est servi: de la soupe aux lettres.

La mosquée s’anime. La bonne humeur règne. Manger enfin. « Le premier jour, c’est le plus dur, après ça va », confie une jeune Tunisienne. « Quand il se prive d’une chose, l’esprit humain est fait de telle sorte qu’il ne pense plus qu’à ça. Le premier jour », reprend-elle, « j’avais l’impression de voir des salades marcher vers moi. » Sa voisine s’esclaffe avec elle, une complicité se crée immédiatement entre la jeune femme et la Suissesse.

Un mois d’endurance

Le jeûne représente avant tout un mois d’endurance. Tout musulman pubère, sain d’esprit et de corps doit s’y plier sans quoi, il ne serait pas considéré comme croyant.

Du lever au coucher du soleil, il ne doit ni boire, ni manger, ni fumer, ni pratiquer ou même penser au sexe (quoi?, je rêve, là ! FDF…). L’objectif est d’apprendre la patience, mais aussi la privation. Histoire de mieux comprendre ceux qui vivent dans la misère, mais aussi de savoir attendre lorsqu’on ne peut obtenir une chose plutôt que de céder à la tentation par des biais douteux. Le soir venu, le jeûne est rompu. Loin des images d’opulence qui sont généralement véhiculées, le repas devrait normalement être réduit à son minimum: de quoi être bien.

« Des études scientifiques démontrent que le jeûne est sain pour le corps », explique la jeune Tunisienne, doctorante en biologie, de passage en Suisse. « L’estomac se repose, les poumons aussi. Le sang se purifie. » Au-delà de la foi, le ramadan aurait donc des vertus physiologiques, ce qui constituerait en soi une première récompense d’Allah pour l’effort accompli.

Le second plat arrive. Une salade verte agrémentée de maïs. L’imam profite du moment pour donner une leçon sur la croyance: le thème du jour, « les 13 attributs d’Allah ». « C’est intelligent ce qu’il fait là », commente Chaïba, une Marocaine d’origine. « Beaucoup de gens ne viennent à la mosquée que durant le Ramadan. L’imam en profite pour leur rappeler les bases de la foi. »

L’imam poursuit l’énumération des qualités de son dieu: « L’existence… La vue… L’ouïe… La parole… La puissance… La volonté… » Il s’arrête plus longuement sur la notion d' »unicité »: « Il n’engendre pas, n’a pas été engendré, n’est pas divisible… » La doctorante tunisienne commente: « Quand je suis arrivée ici, je suis allée dans une église pour voir comment se vit la foi chrétienne. Le prêtre disait quelque chose de tout à fait similaire. Notre dieu est le même. Seule notre approche change. On l’oublie bien souvent. »

Arrive le plat de résistance. Un risotto aux épices et à l’agneau. Les conversations se poursuivent dans la bonne humeur. Une fois terminé, les femmes débarrassent avec empressement. La plupart d’entre elles s’en iront ensuite rapidement: les enfants à coucher, le travail…

Lecture du Coran

L’appel à la prière se fait entendre du carré des hommes. 23 heures. Ce sera la dernière prière du jour, celle de la tombée de la nuit, l' »ishâ ». Composée de quatre « rak’ah », elle sera suivie, d’un chant sacré entonné par l’ensemble de l’assemblée, puis d’une lecture du Coran.

L’objectif fixé par l’imam est d’en lire environ la moitié sur l’ensemble de la période du Ramadan, soit chaque jour une tranche d’environ une heure. Traditionnellement, la lecture du livre est effectuée dans son entier sur le mois, mais étant en été, l’heure des prières du soir est tardive. Ce serait repoussé l’échéance trop tard dans la nuit, les fidèles travaillant pour la plupart le lendemain.

L’imam tourné vers la Kaaba, dos à l’assemblée, psalmodie le texte sacré. S’il reste une poignée de femmes, les hommes sont plus d’une trentaine encore. D’abord debout, les fidèles s’inclinent, puis se prosternent et se relèvent selon les mouvements du texte. Ils ponctuent régulièrement le cérémonial de la formulation « Allah akbar » (réd: « Dieu est le plus grand ») et de murmures introspectifs.

Une fois la lecture terminée, ils se retrouvent tous et toutes dans le hall pour y remettre leurs chaussures et rentrer chez eux. Dans quelques heures à peine, avant le lever du soleil (aux alentours de 4h), ils se lèveront pour prendre un repas. Les plus courageux entameront un cycle de prières, les autres se recoucheront quelques heures avant de rejoindre leur lieu de travail ou d’études.

Le jeûne, le « saoum », se déroule lors du neuvième mois du calendrier musulman, le Ramadan. Pour déclarer son début, dans chaque ville, deux musulmans au moins doivent constater la naissance de la nouvelle lune. Il a commencé cette année le 1er août.

Source: http://www.lenouvelliste.ch/fr/