Francaisdefrance's Blog

13/02/2011

En islam, on s’habitue très tôt à la soumission…

Excellente analyse de Ayaan Hirsi Ali…

FDF

.

Lorsque j’étais une musulmane pratiquante, je me souviens que prier seule c’était une corvée : je faisais mes ablutions, jetais mon petit tapis de prière en direction de La Mecque et procédais aux génuflexions et prosternations rituelles. Mes pensées étaient rapidement ailleurs mais la prière était obligatoire et si je ne l’avais pas fait, les gardiens de l’orthodoxie dans ma famille l’auraient remarqué. Aussi je m’exécutais.

L’expérience de la mosquée, ça n’avait rien à voir. Là, je me retrouvais au coude-à-coude avec d’autres femmes, toutes voilées ; au-dessous de nous, il y avait les hommes rassemblés dans des salles encore plus vastes ; tous, nous étions tournés vers La Mecque et exécutions les gestes de soumission. Alors, seulement, j’éprouvais un certain enthousiasme. A la fin de la prière, nous entonnions toutes à l’unisson un amen retentissant ! Mon coeur palpitait. J’étais partie prenante avec la foule des croyants. Je ressentais sa puissance.

Quand je regarde les images des masses au Caire, je n’ai aucune peine à imaginer le fort sentiment d’unité qui les habite. Beaucoup de téléspectateurs occidentaux s’identifient aux milliers de manifestants – pas seulement en Egypte, mais aussi en Tunisie, en Jordanie, au Yémen et ailleurs – pour exiger la fin de la dictature. D’innombrables commentateurs ont dressé des comparaisons avec les révolutions de 1989 en Europe de l’Est.

Or, cette comparaison méconnaît la profonde différence entre une foule occidentale et musulmane. Les motivations qui poussent les peuples d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à envahir les rues sont multiples. Mais rien ne les réunit mieux que la prière collective, en particulier celle du vendredi. La mosquée autant que la rue : voilà une clef d’intelligibilité de ce soulèvement.

Presque toutes les religions s’appuient sur la mobilisation de la masse ; mais là-dessus l’islam dispose d’une efficacité hors catégorie. Aucun des despotes du monde musulman ayant émergé dans la période de la décolonisation n’a osé se frotte à la foule des croyants. On a fait la chasse aux Frères musulmans, assassiné leurs leaders, on les a jetés en prison en les accusant de pervertir la vraie foi. Mais la mosquée, elle, est restée sacro-sainte. Elle est demeurée pour cela le seul espace de rassemblement des masses arabes. Et c’est pourquoi la force politique la plus efficace dans le monde arabe a été pendant des années les islamistes.

Ceux qui s’attendent à une issue du style 1989 – une transition pacifique vers une démocratie laïque et le multipartisme – ne voient pas à quel point les partisans de la démocratie manquent d’expérience. Les Frères musulmans, eux, sont dans le paysage depuis 1928 et prolongent une tradition de mille quatre cents ans de soumission.

Le problème que pose l’islam politique a été, dans une certaine mesure, identifié par l’ouvrage désormais classique d’Elias Canetti, Masse et puissance. “Les croyants, écrit-il, aspirent à la force de Dieu ; Sa puissance seule ne leur suffit pas ; Il est trop distant, leur laisse trop de liberté. L’état continuel d’attente d’un commandement auquel, très tôt dans leur existence, ils se vouent corps et âme, les marquent profondément et affecte durablement leur relation à autrui.”

Les Moubarak et autres Kadhafi du Moyen-Orient ne sont pas des phénomènes tombés de la lune ; ils sont le produit de l’absence de liberté inhérente à la culture de masse islamique. On s’accoutume très tôt à la soumission, dans cette civilisation. Dès lors qu’il est interdit de répondre à son père, à son maître, à un imam, se soumettre à une dictature d’un Etat devient presque une seconde nature. Dans un tel contexte les moyens d’action individuels – en réalité, de survie – sont la conspiration, la manipulation, l’intrigue et la corruption. Ceux qui veulent avoir le pouvoir craignent que tout partage représente un aveu de faiblesse, une humiliation. C’est pourquoi, quand une position est acquise, elle devient permanente, cela du plus humble des bureaucrates jusqu’à la présidence…

Suite et source: http://jssnews.com/2011/02/13/ayaan-hirsi-ali-islam-soumission/