Francaisdefrance's Blog

07/10/2010

Vous êtes Français, prouvez-le !

Pas de panique chez les personnes concernées! C’est le titre d’un livre… Vous avez eu peur, hein?

Mais les nouvelles dispositions du ministère de l’Intérieur sont réelles, elles… Les « recalés de la nationalité » ne vont pas être à la fête… Ca évitera des attributions de droits injustifiées, entre autres… On va peut-être y trouver un moyen de désendetter un peu la France? J’entends d’ici brailler les assocs bobos-gauchos… Les rouages de la machine à fabriquer des non-français sont grippés.

FDF

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20 % des Français sont susceptibles de devoir justifier  leur nationalité française au moment de renouveler leurs papiers d'identité./ Photo DDM.
20 % des Français sont susceptibles de devoir justifier leur nationalité française au moment de renouveler leurs papiers d’identité./ Photo DDM.
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Depuis janvier 2009 qui n’est pas né sur le sol français doit prouver sa nationalité sur quatre générations. Une machine à fabriquer des non-Français s’est mise en marche et les témoignages des recalés de la nationalité s’accumulent.

Longtemps, l’administration a été bonne fille. Il suffisait de produire ses papiers périmés, carte d’identité ou passeport, pour en obtenir de nouveaux. Malgré une légère et toute récente accalmie depuis janvier 2009 et les nouvelles dispositions du ministère de l’Intérieur, qui n’est pas né sur le sol français doit prouver sa nationalité sur quatre générations. Cette exigence dont les exemples se multiplient est ressentie comme une manifestation de défiance de l’État français envers ces « Français pas comme les autres ». Et ils sont légion: 12 millions de personnes, 20 % de la population. La pédopsychiatre parisienne, Dominique Décant-Paoli, comme beaucoup de descendants d’anciens colonisés, s’est soudain sentie refoulée. « En l’espace d’une matinée, la violence et la souffrance ont resurgi dans ma mémoire et avec elles, le souvenir d’un certain lexique colonial. J’ai revécu la misère ordinaire du sous-homme, de l’opprimé, de toutes celles et ceux qui doivent prouver qu’ils sont dignes d’être Français et se doivent de toujours en faire plus pour le mériter » explique-t-elle, après avoir essuyé un refus de renouvellement de carte d’identité.

Peu avant sa mort, Georges Charpak, notre prix Nobel de physique, né en Pologne et naturalisé Français en 1946 aurait été, dit-on, confronté à ces rigueurs administratives.

Une machine à fabriquer des non-Français s’est mise en marche et les témoignages des « recalés de la nationalité française s’accumulent. La journaliste Catherine Coroller en a même fait un livre , «Vous êtes Français? Prouvez-le.» Elle y écrit: « En 2010, en France, un nom à consonance israélite éveille les soupçons de l’administration, un militaire noir n’est pas un Français comme les autres, un sous-préfet peut enjoindre à un Français de naissance de demander une carte de séjour. En 2010, en France, si les hasards de la vie vous ont fait naître à l’étranger ou si votre histoire familiale trouve ses racines à l’étranger, y compris les anciennes colonies, un acte aussi banal qu’une demande de passeport vire au calvaire et à l’humiliation. Il vous faudra alors prouver que vous êtes français, mais comment prouver une évidence qui vous accompagne depuis la naissance ? »

Pourtant aujourd’hui, devant l’exaspération croissante, le ministère de l’Intérieur affirme, contre toute évidence, que l’administration est moins tatillonne.


Le chiffre : 45

jours > Délai d’obtention. Malgré l’amélioration du traitement des demandes de renouvellement de cartes d’identité, le délai d’obtention des nouveaux papiers peut s’étirer jusqu’à 45 jours.

« Certaines catégories de personnes continuent de rencontrer des problèmes, particulièrement celles originaires d’Algérie. » Isabelle Denise, responsable du service juridique de la Ligue des droits de l’homme.


témoin : Rama Yade, secrétaire d’état à la Jeunesse et aux Sports

« Je me suis sentie fragilisée »

Vous êtes née au Sénégal. Votre arrivée en France en 1987 a été suivie d’une naturalisation. Vous êtes-vous sentie menacée dans votre nationalité ?

Je regardais les informations dans mon canapé, en vacances dans le Vaucluse, quand le président de la République a prononcé le discours de Grenoble qui en parlait. Mon sang n’a fait qu’un tour et je me suis précipitée sur mes papiers. Mon premier réflexe a été de vérifier que j’étais naturalisée depuis plus de dix ans. Douze ans. C’est bien, ai-je pensé, avant de mesurer combien je m’étais sentie fragilisée et qu’il y avait là quelque chose qui n’allait pas. Je me suis soudain demandée qui j’étais, d’où je venais.

Pensez -vous qu’il y a deux catégories de Français ?

La société française a choisi d’être duale, avec d’un côté ceux qui sont protégés des risques, grâce à leurs statuts et les autres sont des challengers. Résultat, il y a de l’amertume et toutes sortes de difficultés. Comment faire aimer la République à ceux que l’on tient à l’écart ? C’est un vrai problème, un problème de fond que je pose dans mon livre.* Les élites dirigeantes actuelles ne sont tout simplement pas en mesure d’inverser la tendance.

Que faire pour sortir de cette dualité ?

Il faut restaurer l’amour de la nation qui n’a jamais cessé de se bâtir, de grandir, de s’assembler, et la fierté d’être Français. Pour cela, c’est en la jeunesse qu’il faut croire. C’est elle qui tient entre ses mains une part du succès de notre pays, qui peut lui rendre son élan vital. Il lui revient d’apporter un nouveau chapitre à notre histoire et à notre mémoire communes. C’est elle qui peut sortir la France du repli national et de sa mélancolie dont les difficultés pour obtenir des papiers ou les conserver sont une expression.

« Lettre à la Jeunesse (Grasset). Essai, 135 pages.


Maria Pilar: « Une situation ubuesque »

Maria Pilar : » Je suis née à une époque où il ne faisait pas bon naître : à la fin de la guerre civile espagnole, en Catalogne espagnole. Mon village qui portait un nom de saint a été débaptisé sous le régime de la Géneralitat comme tous les villages dont le nom faisait référence à la religion. J’ai donc un acte de naissance original dans tous les sens du terme : il est estampillé du sceau de la Généralitat mais le village qu’il mentionne n’existe aujourd’hui sur aucune carte d’état-major puisqu’il a retrouvé son nom d’origine à la reconquête franquiste. Bien sûr les transcriptions du registre en temps de guerre ont été transférées sur le registre général. Mais il est très difficile auprès d’une administration française de faire valoir cet état de fait.

Mon père était de nationalité française, il faisait partie des brigades internationales. Mon grand-père maternel et ma mère m’ont déclarée sous son nom à la mairie du village et au consulat général de Barcelone qui a délivré à ma mère un laissez-passer où j’étais reconnue de nationalité française. Mon père n’était plus là, il avait fui l’avancée des troupes franquistes. Quand il s’est agi de renouveler mes papiers d’identité, à l’âge de vingt ans, j’ai effectué des recherches sur mon père auprès de la mairie de Tunis où il était né d’un père français, et d’une mère immigrée italienne. L’acte de naissance tunisien ne comporte pas les lieux d’origine de mes grands-parents paternels, ni d’ailleurs la mention de la mort de mon père, revenu à Tunis après l’Espagne. à partir de là, j’ai totalement perdu sa trace, ce qui a abouti parfois à des situations ubuesques. Moi demandant à l’administration française de me fournir des précisions sur son parcours et la date de sa mort, et l’administration me demandant de lui fournir la date du décès. Par contre j’ai eu affaire à des fonctionnaires compatissants au ministère des Armées. Ils m’ont aidée à une époque où on pouvait expliquer son cas au téléphone, sans être renvoyée de bureau en bureau. Je ne compte pas le nombre de courriers envoyés. La difficulté demeure de prouver que mon père était Français né à Tunis, alors que je n’ai jamais pu retrouver la trace de ses propres parents nés sur le sol français.

Je vis en France depuis l’âge de trois mois, mais mon seul viatique est un document du consulat général de Barcelone où mon père s’était inscrit lorsqu’il avait émigré de Tunis à Barcelone et qui me reconnaît sujette de la République française. »


Sept ans de prison pour les « mariages gris »

30 000 euros d’amende et sept ans de prison : voilà ce qu’il en coûtera désormais à tous ceux qui se risqueraient au « mariage gris », qualifié par Éric Besson « d’escroquerie sentimentale à but migratoire ». Ainsi l’a voulu le ministre de l’Immigration, ainsi l’Assemblée nationale l’a suivi en adoptant mardi soir dans le cadre du projet sur l’immigration, une mesure prévoyant de punir ces unions. Les députés de gauche comme les députés UMP Étienne Pinte et Françoise Hostalier, ont demandé la suppression de cette disposition. En vain.

Jusque-là, on connaissait le mariage mixte (84 000 en 2008) qui, selon le ministre sont « un enrichissement pour notre société ». On connaissait aussi le mariage blanc, union de complaisance entre une personne de nationalité étrangère et une autre de nationalité française visant pour la première, à obtenir la nationalité française. La pratique est réprimée depuis 2003. Ce sera pire pour les « gris » à savoir quand un étranger convole avec un ou une Française en lui dissimulant qu’il se marie dans le seul but d’acquérir un titre de séjour, puis la nationalité française. Selon le ministre, « le mariage gris » est en effet « une fraude aux règles d’entrée et de séjour sur notre territoire, et d’accès à notre nationalité », mais aussi « une atteinte à l’institution du mariage », et un « abus de faiblesse » qui créé des « situations de souffrances individuelles, de blessures profondes ».

« Comment décidera-t-on qu’un étranger a volontairement trompé son conjoint sur ses sentiments », a interrogé Étienne Pinte en soulignant que « certains couples mixtes sont déjà confrontés à un parcours du combattant ». Toute la question est là, en effet.


témoignages

Tracasseries ordinaires au service de l’état civil

Les frères Guissé : A l’automne 2009, Ounoussou Guissé, brigadier au 1er régiment des hussards parachutistes de Tarbes, ayant servi au Tchad et en Afghanistan, est convoqué devant le tribunal de grande instance pour y répondre de sa nationalité. Né au Sénégal il est Français par filiation. L’administration ne l’a pas contesté jusque-là et lui a délivré comme à son frère Amara, des papiers français. En 2007 , les deux frères reçoivent une lettre recommandée les informant qu’ils n’ont plus la nationalité française. Ounoussou a réussi à rétablir sa situation. Pas Amara. Lui aussi ancien militaire, la nationalité française continue de lui être refusée.

Christian Messina : Ce fonctionnaire de police, métier réservé aux nationaux, ce titulaire d’une carte d’identité sécurisée et d’un passeport est né au Cameroun. Il est noir et tient sa nationalité de son père naturalisé. Lorsqu’il veut faire établir des papiers pour ses enfants de 4 et 6 ans, nés à Fréjus, la mairie de Créteil, lui réclame un certificat de nationalité. Mais lorsqu’il le produit, le fonctionaire exige désormais ceux de ses enfants !

Abdelkrim Fodil : L’administration lui ayant contesté la nationalité de son père, ce quinquagénaire s’est retrouvé sans papiers. Quand il est rentré dans sa cité, les enfants lui ont crié, « Eh ! tonton, t’es pas Français ? Et nous, qu’est-ce qu’on est ? »


À lire

Notre consœur Catherine Coroller, journaliste à Libération chargée de la rubrique immigration/intégration, a publié un livre intitulé « Vous êtes Français ? Prouvez-le ! » aux éditions Denoël. Elle y raconte comment un acte aussi banal qu’une demande de passeport peut virer au calvaire et à l’humiliation. Elle met en lumière que pour beaucoup de Français nés à l’étranger, il faut prouver leur nationalité. La journaliste a accumulé des témoignages pour dénoncer ce que Brice Hortefeux nomme des « tracas administratifs ».

Source: http://tinyurl.com/28d3fgo