Francaisdefrance's Blog

14/02/2011

« Débarrassez-vous des islamistes, et la liberté s’épanouira ».

L’Egypte et l’avenir de la démocratie arabe, par Charles Krauthammer.
(le New York Daily News)
 

Aujourd’hui, tout le monde et son cousin soutient le « programme pour la liberté ». Bien entendu, hier, c’était juste George W. Bush, Tony Blair et une bande de néoconservateurs disposant d’inhabituels pouvoirs hypnotiques, qui avaient osé contester les idées reçues sur l’exception arabe – la notion que les Arabes, par opposition aux Asiatiques de l’Est, Latino-Américains, Européens et Africains , étaient particulièrement allergiques à la démocratie. En effet, la gauche a passé la majeure partie des années Bush à écorcher l’agenda de la liberté soit qu’il s’agissait là d’une fantaisie ou encore d’un autre sordide exemple de l’impérialisme américain.

Maintenant tout le monde, même la gauche, se montre enthousiaste pour la démocratie arabe. Très bien ! Compagnons de route, soyez les bienvenus. Cependant le simple fait d’être en faveur de la liberté ne suffit pas. Avec l’Egypte dans la tourmente et au beau milieu d’une transition périlleuse, nous avons besoin de principes de politique étrangère afin d’assurer la démocratie pour le long terme.

Nul besoin de réinventer la roue. Nous avons déjà vécu quelque chose d’analogue dans le passé. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe occidentale venait d’être libérée, mais demeurait instable, en ruines – et en jeu. La démocratie, nous l’avons privilégiée, sur le continent, face aux menaces internes et externes du totalitarisme communiste. Les États-Unis ont adopté la doctrine Truman qui a déclaré l’intention de l’Amérique de défendre ces nouvelles nations libres.

Cela ne signifiait pas seulement protéger des alliés à la périphérie, comme la Grèce et la Turquie, de l’insurrection et des pressions extérieures, mais aussi de soutenir les éléments démocratiques au sein de l’Europe occidentale contre les puissants et très déterminés partis communistes.

Puissants, ils l’ont été. Les communistes n’étaient pas seulement les mieux organisés et les plus disciplinés. En France, ils devinrent le plus grand parti de l’après-guerre ; en Italie, le deuxième. En vertu de la doctrine Truman, les présidents américains ont utilisé tous les instruments disponibles, y compris l’assistance massive – secrète et manifeste, financière et diplomatique – des partis démocratiques afin de maintenir les communistes éloignés du pouvoir.

De même, les Etats de l’Orient arabe, après s’être débarrassés de décennies de dictature, voient leur avenir démocratique faire face à la menace majeure d’un nouveau totalitarisme : l’islamisme. Comme à l’époque soviétique, la menace est à la fois interne et externe. L’Iran, une mini version de l’ancienne Union soviétique, a ses propres alliés et satellites – la Syrie, le Liban et Gaza – et son propre Komintern, avec des agents dans toute la région chargés d’étendre l’influence des islamistes et de saper les États laïques pro-occidentaux. C’est précisément pourquoi, dans ce moment révolutionnaire, l’Iran se targue du fait qu’une onde islamiste balaie le monde arabe.

C’est ainsi que nous avons besoin d’une politique étrangère qui ne soutient pas seulement la liberté en théorie, mais qui soit guidée par des principes pratiques inscrits sur le long terme afin d’y arriver – une doctrine de la liberté composée des éléments suivants:

(1) Les États-Unis soutiennent la démocratie dans tout le Moyen-Orient. Ils useront de leur influence pour aider tous les démocrates à se débarrasser de la dictature.

(2) La démocratie est bien plus que des élections. Elle requiert une presse libre, la primauté du droit, la liberté d’organiser la création de partis politiques indépendants et le transfert pacifique du pouvoir. Par conséquent, la transition vers la démocratie et des élections initiales doit permettre à ces institutions, notamment les partis politiques, de se mettre en place.

(3) Le seul intérêt des États-Unis dans la gouvernance interne de ces nouvelles démocraties est d’aider à les protéger contre les totalitaires, étrangers et nationaux. Le récent coup d’État du Hezbollah au Liban et la dictature du Hamas à Gaza ont démontré de façon spectaculaire comment des éléments anti-démocratiques peuvent atteindre le pouvoir démocratiquement et détruire la démocratie qui les avait mandatés.

(4) Par conséquent, tout comme pendant la guerre froide les Etats-Unis ont contribué à maintenir les partis communistes d’Europe éloignés du pouvoir, la politique des États-Unis sera de s’opposer à l’inclusion des partis totalitaires – les Frères musulmans ou, d’ailleurs, les communistes – dans tout gouvernement, qu’ils soient provisoires ou élus, issu des Etats arabes nouvellement libérés.

Certes nous n’avons pas le pouvoir d’empêcher cela. Les Frères Musulmans sont-ils même déjà suffisamment puissants en Egypte, pour que l’obtention d’un siège à la table des négociations soit inévitable. Cependant en aucun cas un porte-parole présidentiel devrait se permettre de dire, à l’instar de Robert Gibbs, que le nouveau régime « devra inclure toute une série d’importants acteurs non séculaires ». Pourquoi légitimer aussi gratuitement les islamistes? Au lieu de cela, les Américains devraient de toute urgence soutenir les partis laïques et démocratiques en Egypte ou ailleurs, en conseils, en ressources et en diplomatie.

Nous sommes, encore une fois involontairement, les pions d’une longue lutte crépusculaire, cette fois-ci avec l’islamisme – notamment l’Iran, ses mandataires, et ses alliés potentiels, sunnites et chiites. Nous devrions être lucide sur nos objectifs – de véritables démocraties régies par des démocrates engagés – et élaborer des politiques pour les atteindre.

Une doctrine de la liberté est un agenda de la liberté fixant un cap avec l’aide de principes directeurs. Truman l’a fait. En sommes-nous capables ?

source : extremecentre.org