« Italie : vers un gouvernement d’union » : tel était le titre de notre chronique sur Boulevard Voltaire, le 27 mars dernier. Voici que notre pronostic est en cours de réalisation. L’accord intervenu le 24 mars entre les deux formations politiques victorieuses aux dernières élections (la coalition droite libérale/droite nationale dont fait partie la Ligue, et le Mouvement 5 étoiles) avait permis de faire élire, à la présidence de la Chambre des députés (422 voix sur 620), Roberto Fico (tendance gauche) et, en échange, un membre du parti de Berlusconi au Sénat (mais non choisi par lui), Mme Alberti Casellati, première femme à présider le Sénat italien (240 voix sur 319). Cela confirmait le crépuscule politique de Berlusconi. Désormais, l’astre du richissime Cavaliere de 82 ans s’est couché, sans doute à jamais.

Car ce 9 mai, sur les réseaux sociaux, Berlusconi, qui s’opposait à cet accord de gouvernement, déclarait enfin : « Si une autre formation politique veut assumer la responsabilité de former un gouvernement avec les 5 étoiles, nous prendrons acte de ce choix avec respect. » L’obstacle est levé ; mais il est vrai qu’il ne pesait plus bien lourd. Car le parti de Berlusconi, grand vaincu des législatives, n’était plus en mesure de supporter le discrédit croissant que son blocage provoquait avec un risque de disparition pure et simple. Quelle que soit la composition exacte du futur gouvernement, il représentera au moins 70 % des Italiens et sera nécessairement anti-système, anti-migrants, et anti-euro-mondialisme. Sans oublier le volet social qui est l’âme du 5 étoiles : baisses d’impôts, maintien du système de retraites, mesures en faveur des familles, lutte contre le chômage des jeunes. Autant de mesures qui vont à l’encontre des préconisations budgétaires de Bruxelles, ce qui ne dérangera donc nullement la Ligue. Qui, de Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles-M5S) et de Matteo Salvini (Ligue), sera président du Conseil, et quel sera le dosage de ce gouvernement pour quels postes ? On peut supposer, tant l’art de la combinazzione est subtilement pratiqué en Italie, que ces arbitrages sont déjà quasi arrêtés…

Totalement antidémocrates, les hautes sphères bruxelloises exprimaient ouvertement et sottement leur crainte de l’alliance des anti-systèmes et des populistes (fantasmés). Le nouveau gouvernement s’en souviendra. Mauvaise nouvelle, également, pour Emmanuel Macron, qui ne pourra plus compter sur l’Italie de Matteo Renzi (ni, on le sait désormais, sur l’Allemagne) pour perfectionner encore plus son Europe « lubique ». Ainsi, le Président français a perdu ses soutiens en Europe et s’est constitué, en Russie et aux États-Unis, de solides et goguenards adversaires.

Pour Libé, qui se trompe sur tout avec une admirable constance, « les deux formations populistes ont… des propositions difficilement compatibles ». Bien au contraire, comme nous l’écrivions fin mars : « Après le Royaume-Uni, la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie, l’Autriche, les USA, l’Italie s’apprête elle aussi à mettre en œuvre les grands changements attendus par les peuples. Désormais, le social-souverainisme semble être en mesure de triompher partout sur la planète. »Parce que les peuples veulent décider librement de l’avenir de leur nation, et la majorité, qui est de plus en plus pauvre, veut vivre dignement.