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14/02/2017

Hugues Moutouh : «Nos banlieues brûlent et nous regardons ailleurs»

Filed under: Uncategorized — francaisdefrance @ 15:20

BS

 

  • Par Hugues Moutouh
  • Publié le 13/02/2017 à 18:53

FIGAROVOX/TRIBUNE – Depuis plusieurs jours, la Seine-Saint-Denis est le lieu d’une intense violence. Pour Hugues Moutouh, le désarmement de la classe politique est complet quand il ne s’agit pas, à gauche, d’une forme de complicité vis-à-vis des «bandes de jeunes».


Hugues Moutouh a été conseiller spécial du ministre de l’Intérieur au moment de l’affaire Merah, puis préfet. Il est désormais avocat. Il est l’auteur de 168 heures chrono: la traque de Mohamed Merah (éd. Plon, 2013).


Encore une nouvelle nuit d’émeute en banlieue parisienne. Encore et toujours les mêmes scènes de violences urbaines, les mêmes images de voitures brûlées, d’attaques de commissariats, de cocktails molotov lancés sur les forces de l’ordre…. Encore et toujours, surtout, la même impuissance face à ces scènes de guérillas qui se répètent ad nauseam.

«Notre maison brûle et nous regardons ailleurs», avait dit Jacques Chirac en 2002, lors d’une intervention remarquée sur le réchauffement climatique à Johannesburg. La formule peut être appliquée, mot pour mot, à la situation présente: notre République brûle et nous regardons ailleurs! Une partie de la classe politique française, à gauche, se rend même complice de ces exactions en justifiant la révolte de ceux qu’elle persiste encore à appeler des «jeunes». Après des milliards dépensés en vain dans une politique de rénovation urbaine hasardeuse, la France ne ferait pas suffisamment pour ses quartiers. En acceptant de laisser cette population vivre en banlieue, loin des services publics, des transports en commun, en tolérant les contrôles d’identité à répétition, les pouvoirs publics favoriseraient ces réactions violentes… Les socialistes français ne parlent pas encore d’acte de «résistance», mais ils n’en sont pas loin. Le candidat sorti des Primaires de la gauche promet ainsi, s’il est élu, la constitution d’un «corps de contrôle anti-discrimnation». Au train où vont les choses, il proposera d’ici quelques semaines de créer des polices communautaires dans les quartiers, à l’image de ceux qui y vivent, parce qu’un policier blanc qui interpelle un jeune qui ne l’est pas est forcément suspect, guidé par ses préjugés racistes. Hamon découvre avec retard les théories perverses de la contre-culture américaine et des post-colonial studies.

Face à cette gauche rancie, irrémédiablement éprise d’angélisme et de naïveté à chaque fois que l’on parle de sécurité, qui voit en chaque jeune de banlieue, pour peu qu’il soit issu de l’immigration et connu des services de police une victime du système, comment se positionne le favori des sondages, Emmanuel Macron? Son programme régalien sera rendu public, nous dit-on, le 18 février prochain, lors d’un meeting à Toulon. Faisons le pari qu’il ne nous réservera guère de surprise, à moins qu’il n’entame une révolution copernicienne dans les quatre prochains jours. Pour le moment, le logiciel qu’il présente en matière de politique de sécurité s’avère daté: une version 2.0 du célèbre discours prononcé par Jospin à Villepinte. C’était déjà il y a vingt ans! Ses fans ne lui en tiendront certainement pas rigueur, mais les Français si. Les électeurs ne se satisferont plus des mêmes vieilles recettes, surtout lorsqu’elles ont fait preuve de leur inefficacité: la police de proximité et la prise en charge des mineurs délinquants dans des structures d’hébergement disposant d’un encadrement éducatif renforcé. Ces deux idées, faut-il le rappeler, répétées en boucle comme des mantras par les socialistes français, ont coûté cher et n’ont pas empêché la délinquance d’atteindre des sommets historiques entre 1998 et 2002. C’est qu’elles manquent cruellement de bon sens: la police est là pour interpeller des voyous, pas pour jouer les grands frères au pied des cités. Quant aux mineurs délinquants entre 16 et 18 ans, ils ne doivent plus pouvoir bénéficier de cette «excuse de minorité», synonyme d’impunité.

Notre pays ne peut se permettre ce «retour vers le futur». Les banlieues de nos grandes villes sont gangrenées par des bandes de trafiquants qui n’ont plus rien à envier aux caractéristiques et à la violence des gangs américains. Interpellés, leurs membres sont aussitôt remis dehors. Ils ne craignent plus la police et hésitent même de moins en moins à s’en prendre violemment à elle. Services publics, écoles et commissariats sont régulièrement saccagés. Nos forces de l’ordre sont épuisées et écœurés. Malheureusement, sous la pression, certains craquent et commentent l’irréparable. Il faut alors faire preuve d’équité et de justice: se montrer bien sûr intraitable vis-à-vis des violences policières – fort heureusement rares -, mais inflexible aussi avec les événements qui en sont la cause: l’impunité des voyous et le laxisme de la chaîne pénale. Les responsables politiques, de par leur attitude, peuvent également donner l’impression de cautionner, voire d’encourager le désordre public. En se rendant au chevet du jeune Théo, le chef de l’État a sans doute souhaité lui manifester son soutien dans le moment difficile qu’il traverse. Mais il a surtout soufflé sur les braises de la discorde. En décidant de s’afficher aux côtés d’une victime de violences policières, François Hollande, qui n’avait pas jugé nécessaire de se déplacer auprès des deux fonctionnaires de police grièvement brûlés à Viry-Châtillon, a clairement choisi son camp. Si embrasement généralisé des banlieues il y a dans les prochaines semaines, il aura alors sans conteste sa part de responsabilité.

Les scènes de violences urbaines auxquelles nous venons d’assister dans l’Essonne et en Seine-Saint-Denis, ainsi que le projet d’attentat déjoué de la cellule de Clapier viennent opportunément nous rappeler ce que nous attendons d’abord de la part du futur président de la République: qu’il rassure nos vies inquiètes et affermisse nos libertés, au premier rang desquelles se trouve notre sûreté. Pour cela, un grand programme de réarmement pénal, certes, mais surtout intellectuel et moral est nécessaire. Revenir sur le travail de déconstruction de notre système répressif effectué par Christiane Taubira depuis 2012 ne servira, en effet, à rien, si nous ne parvenons, parallèlement, ni à restaurer plus globalement l’autorité de l’État ni à contrer cette idéologie relativiste mortifère qui s’est emparée de la société française. Plus les candidats républicains attendront, plus la potion sera amère et le traitement violent. Mais qui ne comprend que la meilleure façon d’empêcher Madame Le Pen d’accéder un jour à l’Elysée, est de traiter aujourd’hui même les problèmes qui nourrissent sa popularité?

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