Francaisdefrance's Blog

17/09/2010

Immigration et délinquance – « C’est le bal des hypocrites »…

J’ai vu cette interview à la télé, hier soir. Fort intéressant. Le livre est à ranger sur votre chevet…

FDF

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17/09/10

Dans son livre « Le Déni des cultures », le sociologue Hugues Lagrange explique pourquoi, selon lui, le facteur « culturel » des adolescents d’origine sahélienne doit être pris en compte dans les problèmes d’immigration et d’intégration qu’ils rencontrent en banlieue parisienne.

Hugues Lagrange parle sans tabou du poids du facteur « culturel » dans les problèmes d’immigration. En s’intéressant à l’absentéisme de 4 000 adolescents habitant dans les 25 villes d’Ile-de-France aux quartiers les plus sensibles (Les Mureaux, Mantes-la-Jolie…), le sociologue Hugues Lagrange a ressorti de ces données scolaires « un surcroît d’inconduites des jeunes Noirs issus de l’Afrique sahélienne ». A statut social égal, il a noté que de 1999 jusqu’à 2006, « les adolescents éduqués dans des familles du Sahel sont trois à quatre fois plus souvent impliqués comme auteurs de délits que les adolescents de famille autochtone et le sont aussi deux fois plus que les adolescents d’origine maghrébine ». C’est pourqoui il s’est attaché à analyser l’intégration de l’immigration en banlieue parisienne avec la variable « culturelle » alors que de nombreuses analyses sociologiques déjà menées s’appuient sur des données économiques et sociales. Avec son étude, il explique pourquoi les comportements des familles d’immigrés sont si spécifiques pour chacune d’entre elles dans leur adaptation en France.

France-Soir.fr – Pourquoi avoir osé étudier le facteur « culturel » dans les problèmes d’intégration et d’immigration et mis en exergue une ethnie au risque d’être accusé de stigmatisation ?
Hugues Lagrange –
Je n’ai pas choisi ce facteur. C’est un constat : dans les quartiers de la grande banlieue parisienne, les comportements sont variés. Or en France, il n’y a pas de différence dans l’immigration. Le terme « Noirs » apparaît comme une population unifiée. Mais en réalité il s’agit d’une notion trop globale. Parmi les familles d’origine africaine, les inconduites scolaires ou judiciaires des adolescents varient par exemple entre les migrants d’origine des pays du golfe de Guinée (Congo, Côte d’Ivoire, Togo, Bénin…, ndlr) et ceux originaires des pays du Sahel (Sénégal, Mali, Mauritanie…, ndlr). On me reproche de catégoriser ces derniers. Mais il faut introduire dans le débat sur l’immigration cette distinction des trajectoires migratoires et mettre en avant ces différences de traditions pour trouver des solutions. C’est le bal des hypocrites parce qu’on ne veut pas reconnaître que l’ensemble de nos politiques renvoie à la ségrégation de ces familles.

FS -En quoi ces familles subissent-elles des ségrégations ?
H.L –
On le voit très bien à Mantes-la-Jolie par exemple, où les familles pauvres autochtones d’immigration rurale sont à côté de l’Église en ville et les familles africaines dans les quartiers HLM plus excentrés. Mais il faut aussi prendre en compte l’adaptation des cultures africaines à ces quartiers français ghettoïsés. Dans les familles d’Afrique sahélienne, les fratries sont plus grandes (entre six et sept enfants) et l’écart entre les époux est plus important (le père étant souvent plus âgé). Or avec une fratrie plus étroite, comme dans les familles d’origine du golfe de Guinée, de meilleurs résultats scolaires sont associés. Avec un père plus vieux, ces familles souffrent aussi – à l’opposé de ce que l’on entend souvent – non pas d’un grand manque d’autorité mais d’autoritarisme patriarcal très fort. Les structures familiales autoritaires sont plus fortes s’il existe un grand écart d’âge dans le couple parental. Alors qu’au Mali, l’éducation est faite par le groupe et la collectivité, la femme est donc entourée de ses frères et de ses parents, elle subit moins de discriminations au sein de la famille et le père n’a pas besoin d’assoir autant son autorité. Or en France, l’adaptation de ces familles venues du Sahel fait que souvent ces jeunes femmes sont recluses chez elles avec moins de famille à leurs côtés et ne travaillent pas. Ce qui élève peu de sentiments de fierté chez leurs enfants. Seulement, l’une des conditions la plus répandue pour une réussite scolaire passe par le niveau culturel de la mère.

F.S -Quelle serait selon vous, la solution pour éviter ces inconduites parmi les adolescents originaires des familles sahéliennes ?
H.L –
Il faut une solution qui se tienne au contexte occidental, où le travail des femmes est la voie de leur émancipation. Pour lutter contre l’autoritarisme patriarcale dont le premier danger est l’infériorisation de la femme, il faut accentuer le taux d’activité féminin dans les quartiers pauvres. La première critique que l’on pourrait me faire serait un accroissement des divorces et des familles mono-parentales. Mais selon mes constats, il existe déjà des « mères-courage » parmi ces populations d’origine sahélienne qui travaillent et éduquent leurs enfants. Il y a eu dans ces familles ce que j’appelle des « conflits de modernisation » qui ont parfois été très bien acceptés par les pères. Et pour répondre aux critiques : dans ces foyers, l’échec scolaire n’est pas lié à la mono-parentalité. Car l’activité de ces femmes contribue souvent à une nouvelle solidarité dans le couple, ce qui favorise de ce fait une fierté des enfants envers leur mère et donc une meilleure intégration de la famille.

Le Déni des cultures, (Le Seuil, 350 pages, 20 euros), sortie prévue hier, jeudi 16 septembre.

vu sur http://www.francesoir.fr/education-immigration-politique-securite/immigration-et-delinquance-cest-le-bal-des-hypocrites.22700

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