Francaisdefrance's Blog

01/08/2010

Norman Spinrad : « La guerre sainte a déjà commencé »…

Lecture pour l’été…

FDF

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01/08/2010

Norman Spinrad (DR)

Quelques jours après la mort de Michel Germaneau, le dernier roman de l’Américain Norman Spinrad est d’une actualité cinglante : « Oussama » accuse autant les islamistes que l’Occident dans le chaos actuel. Interview du grand auteur américain.

Pour de nombreux auteurs de science-fiction, le choc des civilisations, concept formulé par Samuel Huntington à la fin des années 90, a toujours été une chose présente, acquise. C’est bien pour ça que leurs livres sont provocants. C’est aussi le cas de Norman Spinrad.

Avec « Les Solariens » (1969), « Rock Machine » (1987), « Les Années fléaux » (1990), « Bleue comme une orange » (1999), ou encore avec les superbes « Jack Baron et l’éternité » (1969), « Rêves de fer » (1972) ou « Le printemps russe » (1991), l’Américain a provoqué bien des débats. A tel point que ses deux derniers romans ne sont même pas parus aux Etats-Unis, lui qui vit entre New York et Paris. Trop sulfureux.

Couverture de "Oussama", de Norman Spinrad (DR)Comme « Oussama », paru fin mai, mais seulement en France. Un roman de légère anticipation, narré par un garçon embrigadé par les services d’un Califat rétabli, qui réunit toutes les terres d’islam entourant le Moyen-Orient. Et qui s’oppose au Grand Satan américain, tout en acceptant de commercer le pétrole.

Avec cette trame, Spinrad étudie l’islam religieux, l’islam politique, les musulmans de France, le passage d’une pratique religieuse au djihad. Mais n’oublie pas de maltraiter au passage les Etats-Unis. Et la France.

Un roman qui passe par Paris et par le Nigéria. Un roman d’action au départ, qui devient une fiction sur la rhétorique géopolitique et le passage à l’acte. Un livre que l’auteur a envoyé à… Nicolas Sarkozy. Nous avons interviewé Norman Spinrad par mail.

Depuis « He Walked Among Us », vos romans sont centrés sur la religion et l’imposture (« Ralf », « Oussama »). La religion est-elle toujours l’opium du peuple, plus que le sexe et l’argent ?

Le mot « religion » peut signifier deux choses. D’une part, la recherche sincère de la vraie expérience transcendantale -le bouddhisme original, le vrai islam soufi, le zen…

D’autre part, la religion hiérarchique, imposée, basée sur des règles : l’islam en Iran ou dans les régions talibanes, l’église catholique romaine : ici, religions et Etats ne sont toujours pas séparées. D’ailleurs, « la séparation de l’Eglise et de l’Etat » est plus ou moins une invention des révolutions américaine et française.

Ce genre de religion est effectivement du « opium du peuple ». Un des thèmes importants du livre est le contraste entre le vrai islam (un sentier vers l’éclaircissement spirituel) et l’islam tel qu’il est utilisé par gouvernements et les organisations terroristes, à des fins politiques.

Ou alors, la guerre contre le terrorisme est-elle le nouveau leurre, et le nouvel opium, des démocraties (donc du peuple) ?

Non, il y a juste une lutte entre les démocraties libérales modernes et les régimes d’esprit théocratique réactionnaire. Le terrorisme ne peut pas être une idéologie, c’est seulement une stratégie.

Quelles ont été les recherches sur l’islam effectuées par l’Occidental que vous êtes ?

Le Coran, évidemment. Et beaucoup, beaucoup de choses sur Internet. Une lecture-clé était « Hadj », de Michael Wolfe, dans lequel cet auteur américain raconte son pèlerinage à La Mecque.

« Oussama » met en scène une sorte de guerre froide à l’heure du pétrole : Etats-Unis contre Califat. Croyez-vous au choc des civilisations ?

Absolument ! L’affrontement des civilisations est le principal moteur de l’Histoire humaine. Les Européens face aux Amériques et à l’Afrique. Les Moghols islamiques en Inde. L’Occident face à la Chine et au Japon.

La moitié des romans de science-fiction écrits portent là-dessus. Et mes propres romans historiques, le « The Druid King », sur la confrontation de Rome et de la Gaule, et « Mexica », l’histoire de la conquête du Mexique par Cortez [non traduits en France, ndlr].

Une telle guerre sainte va-t-elle vraiment arriver selon vous ?

Elle a déjà commencé. Dans une forme ou une autre, depuis les croisades.

Quelles sont les différences générales que vous ressentez, entre l’attitude des peuples américain et français vis à vis de l’islam ?

Je crois que l’Amérique accepte davantage les religions minoritaires. Ou qu’ils ont plus d’indifférence envers elles. Qu’ils sont plus indifférents que les Français envers l’islam. Le vote d’une loi concernant le port d’un vêtement paraît ridicule pour un Américain.

En France, la population est à 10% musulmane, et une bonne partie résiste à l’intégration culturelle. L’islam est donc une question sérieuse, et plus tendue. Pour le Français non-musulman, ça peut être un danger pour la cohérence culturelle française. C’est beaucoup plus politique qu’aux Etats-Unis, où il y a un fort préjugé contre les Arabes, pas contre leur religion elle-même.

Comment vous sentez-vous dans la France de Sarkozy ? Et dans les Etats-Unis d’Obama ?

Je ne crois pas qu’il y ait une « France de Sarkozy, », mais plutôt un Sarkozy en France. Bien que je n’admire quasiment rien de son programme politique, j’admire vraiment sa spontanéité, sa volonté pour reconnaître ses erreurs, ses changements soudains. Je crois qu’il a montré une assez bonne maîtrise de la crise financière. Et il est très bon à la télé.

Un exemplaire d » « Oussama » lui a été envoyé, à lui ou à son cabinet, et j’ai reçu un mot de remerciement avec sa signature manuscrite. Je ne sais pas s’il a lu le roman.

Les Etats-Unis d’Obama, c’est une région sinistrée, mais pas du tout à cause d’Obama. Après tout, on lui a donné deux guerres et une catastrophe économique comme héritage de Bush.

Que pensez-vous de lui, et de son rapport à l’islam ?

Je crois qu’Obama a fait des efforts significatifs pour courtiser l’islam et les musulmans.

Mais tout est basé sur une admiration fantaisiste que les gens ont pour lui. Tout le monde pense qu’il a toujours raison, qu’il est intelligent et persuasif et que donc, puisqu’il a si raison et est un si bon orateur, il sera en mesure de persuader les islamistes de suivre sa voix. Rien n’est plus éloigné de la vérité.

Source: http://tinyurl.com/2vr3r79

Un commentaire »

  1. Je ne suis qu’un petit pas grand chose…
    Je comprends une chose malgré tout que je ne me fierai pas trop de
    Barack HUSSEIN Obama…de quelle religion est-il au juste ?
    J’ai survolé lce texte et d’autres :je n’en sais rien au juste…
    Il a juré son mandat sur la Bible,mais cela ne prouve rien.

    Commentaire par henri — 01/08/2010 @ 23:03 | Réponse


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