Francaisdefrance's Blog

19/06/2010

Racaille: Vous filmez quoi ? J’vais t’racketter !…

« Hier midi, un reporter de la Chaine parlementaire (LCP) est venu me voir. Il voulait savoir pourquoi je soutenais l’initiative d’apéro-pinard-saucisson de la rue Myrha prévu le 18 juin prochain.

Première question, que m’a également posée ce matin un bon camarade : pourquoi, comment, vous sera-t-il possible de trinquer avec des « identitaires », des gens d’extrême droite, vendredi à l’apéro géant?

A ceux et celles de ma génération qui ont fait la grève en mai-juin 1968, je voudrai rappeler ceci : que les incendiaires de voitures, basés à la Sorbonne (« le premier territoire libéré de la république socialiste en France », pour reprendre la formule historique de ce perspicace d’Alain Krivine) étaient un groupe d’incendiaires qui s’appelaient eux-mêmes « les katangais ».  C’était, ces Katangais, quelques dizaines d’aventuriers dont effectivement d’anciens mercenaires ayant joué du flingue dans la tragédie du Congo ex Belge. Que je sache, nos mijaurées verdâtres de l’école dite « soixante-huitarde » ne conçurent pas alors que cette participation au « mouv » de gens de cet acabit en changeait la nature.

Pour revenir à la question du journaliste de la LCP, j’ai lui fait observer que je ne serai pas gêné de trinquer vendredi en soirée avec de braves bougres d’Algériens, Marocains, Tunisiens, des hommes comme vous et moi, ou avec leurs fils ou leur filles, en choquant mon anisette contre leur verre de thé à la menthe, pendant qu’ils tiendront dans une autre main leur saucisson hallal à base de dinde, si le saucisson à l’ail ou sec ne leur convient pas pour des raisons gustatives ou religieuses.

Quand aux gens de droite ou dits « d’extrême droite », je ne m’interrogerais pas plus que ne s’interrogea Pierre Dac, -inoubliable humoriste juif à l’accent titi parisien, quand à Londres, ayant répondu au premier appel du 18 juin-, il se retrouvera à résister à la dictature hitlérienne avec des hommes venus effectivement d’une extrême droite musclée et antisémite, organisés dans le Parti social français du colonel de la Rocque (le PSF) ou même, plus violents dans leur hostilité irraisonnée envers les  Juifs, avec des anciens de la « cagoule » dont les réseaux avaient trainé dans la boue Léon Blum et ses amis.

Êtes-vous de gauche?

A cette question du journaliste de la LCP : « êtes-vous de gauche ? » j’ai répondu ceci : je ne sais pas ce que c’est aujourd’hui, que la « gauche ». Pour moi, la question n’est pas ou plus là, dans une étiquette.

Mon paradigme moral et intellectuel, c’est le mouvement ouvrier. Je suis de la génération de la grève générale de mai-juin 1968. J’ai pris la parole le 16 mai 1968 devant deux à trois mille ouvriers métallurgistes de la Régie Renault, place nationale à Billancourt. Je les ai appelés à la grève générale, totale avec occupation de l’usine, comme à Nantes, comme à la SNIAS de Bouguenais. Je les ai appelés  à cette action -contre les staliniens, qui trouvent aujourd’hui que c’est être d’extrême droite que de défendre la rue républicaine, la rue pour tous.

En 1968, j’ai été accusé d’être « agent de la bourgeoisie et de l’extrême droite» en appelant à rejoindre les premiers grévistes, parce que je militais pour la grève générale (comme depuis le 14 mai à la SNIAS de Bouguenais-Nantes). Je ne regrette pas de l’avoir fait. Ce serait à refaire, je le referai. Alors, suis-je de « droite » ? Suis-je de « gauche » ? A vous de juger.

De gauche, de droite ?

La République, avec un grand « R », la République est la propriété de tous les citoyens, et l’espace public est une copropriété que personne n’a le droit de s’approprier, que ce soit pour des rituels religieux, politiques ou autres.

D’ailleurs, après la grève générale de 1968, les ouvriers nantais libérèrent les bords de la Sèvres nantaise, que des personnes s’étaient appropriés pour leur usage personnel. C’était le même problème. Certains s’étaient permis de déposséder leurs concitoyens. Les ouvriers nantais n’usèrent pas de violence. Ils ne firent pas un apéro géant, ce n’était pas encore « la mode ». Ils organisèrent chaque semaine des pique-niques, jusqu’à ce que les autorités rappellent à ceux qui s’étaient approprié l’espace public que leurs clôtures et leurs panneaux étaient illégaux et que les piqueniqueurs étaient dans leur bon droit…

« Vous êtes contre l’islam ?!

Mi question, mi affirmation du journaliste. La question n’est pas là. On a le droit d’être pour ou contre l’islam, en tant que doctrine, comme on a le droit d’être contre le stalinisme en tant que système politique et économique, comme on a le droit d’être pour ou contre le marxisme ou pour ou contre le « libéralisme » en tant que doctrines économiques ou programmes politiques, et/ou en tant méthode de gestion des moyens de production et d’échange. Cela fait partie des libertés basiques. Ensuite, on a le droit d’expliquer son choix et à le faire connaître.

C’est un fondement de la liberté politique.

J’observe que l’islam, en tant que système gouvernemental pousse le bouchon du totalitarisme un peu plus loin que le stalinisme et que le nazisme. Regardez madame Ferrari : Pour interviewer le truqueur des élections iraniennes, elle a du se soumettre à l’ordre politique dictatorial qui impose aux femmes une tenue obligatoire, un uniforme islamique. Staline a eu des entretiens avec des journalistes étrangers. Ils n’ont pas été obligés de revêtir l’uniforme du komsomol ou la tenue des fonctionnaires de l’appareil de la dictature. De même, des correspondants de presse et des diplomates (François Poncet, par exemple) purent s’entretenir avec Adolphe Hitler. Il ne leur fut pas demandé pour cela de s’habiller en SS ou en SA.

Vous n’exagérez pas un peu, quand vous parlez de territoires perdus de la République ?

Après que j’ai donné quelques éléments de réponse au journaliste de la LCP, tirés de mon expérience personnelle et quasi quotidienne, nous avons clôt l’entretien. Nous allions partir, quand cinq ou six jeunes gens sont arrivés en groupe ; ils nous ont entourés, comme encerclés ; on se serait cru dans un film. Un d’entre eux s’est adressé au jeune journaliste : « tu filmes quoi, là ! T’as pas le droit de filmer !! Tu filmes quoi ?!J’vais t’racketter. J’te prends ta caméra. Elle vaut combien. J’te rackette. » Le jeune homme et ses amis n’avaient pas l’air de plaisanter. Quand ils se tournèrent vers un homme plus âgé qui avait observé l’interview. Ce dernier les calma, en leur disant : c’est rien, ils faisaient une interview ».le jeune homme s’adressa au journaliste : « tu m’interview ?… nous, c’est la police qui nous interview, ils nous emmerdent tout le temps… »

Finalement le jeune journaliste pu ranger sa caméra, le groupe s’éloigna et nous partîmes de notre côté. Je m’adressais à mon interviewer et lui demandais : « vous ne croyez pas que vous venez d’avoir un bout de la réponse à votre question concernant les territoires perdus ? » J’avoue que je n’ai pas très bien compris la réponse qu’il a donnée à ma question. »

Alain Rubin

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