Francaisdefrance's Blog

23/03/2010

Parce qu’être flic, c’est aussi ça…

Coup de gueule d’un policier qui « ose » dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas…

FDF


lundi 22 mars 2010


« Ce mercredi matin, je me suis branché sur internet pour prendre connaissance des dernières infos. Et là, stupeur, j’apprends qu’un collègue est mort, qu’il aurait été abattu par des terroristes à Dammarie les lys, en Seine et Marne. Imperceptiblement, je ressens un ensemble de sentiments m’envahir : la tristesse, la peine, la haine, la colère. Tout se mélange dans ma tête, tout est confus. Je pense à ce flic qui ne rentrera jamais chez lui, je pense à mes interventions, mais je pense à sa famille surtout. Je vois déjà notre ministre, Mr Hortefeux, notre président de la République, se déplacer sur les lieux du drame, rencontrer les collègues, compatir avec la famille. Tout ceci, en présence des caméras bien sûr. Pensez donc, en ces périodes électorales, il faut rameuter, émouvoir, communiquer… Là, à cet instant, j’ai honte de mon métier, honte d’appartenir à cette institution ; je sens bien que je deviens irritable. Tous les sentiments enfouis au quotidien ressurgissent. Des amis tentent de ma parler, mais ils sentent bien que je ne suis pas comme les autres jours, je leur crache ma haine, ma colère… Et puis, aussitôt après, je m’en excuse auprès d’eux : Un flic est fort, un flic ne craque pas, un flic doit contrôler ses émotions…..

Un flic est tellement habitué à vivre tous ces moments de détresse par son quotidien. Ce quotidien où je constate les accidents de la route les plus terribles enlevant des vies ou laissant des traces à jamais, où je retire de la circulation des armes, de la drogue, où j’interviens sur des bagarres, sur des catastrophes (feux, fuites de gaz, inondations…), où ma tenue a été maintes fois tachée du sang d’une victime, où j’ai vu presque vu toutes sortes de mort, où j’ai perdu des collègues, où je dois annoncer la mort à la femme, au mari, au père, à la mère, où j’endure les pleurs, la misère, la violence entre des êtres qui s’étaient promis l’amour pour toujours, où je vois la maladie, la vieillesse, où je risque de perdre ma liberté pour une intervention délicate et pour laquelle je dois prendre LA décision en une fraction de secondes, où je subis toutes sortes de réflexions (« rien d’autre à faire que d’emmerder les honnêtes citoyens, vous êtes des frustrés, plus facile que d’aller arrêter les voyous, je connais du monde, je vais m’occuper de votre carrière, la police ne fait jamais rien, vous maltraitez les gardés à vue, vous gardez la drogue pour vous, cow boys,…… »)


Parce qu’être flic, c’est aussi ça.

Alors quand des flics sont caillassés en Seine Saint Denis, molestés en région PACA, roués de coups dans l’Essonne et en Ille et Vilaine, la cible de coups de feu dans les Hauts de Seine, atteints mortellement, c’en est trop, la coupe est pleine.

Parce qu’être flic, c’est aussi ça.

Dans le même temps, je pense à mes amis, à ma famille, à mes enfants. Et si c’était moi ? Si c’était moi, je regretterais de n’avoir pas pu être là aux anniversaires de mes enfants, aux noëls, aux fêtes de l’école en fin d’année, aux soirées en famille. Je regretterais d’avoir annulé des repas de famille. Je regretterais d’avoir expliqué à mes enfants, sans qu’ils ne comprennent vraiment pourquoi, qu’il vaut mieux ne pas crier le métier de leur papa…

Parce qu’être flic, c’est aussi ça.

Et pourtant, on me rétorquera que je l’ai choisi en mon âme et conscience ce métier. C’est un fait, mais je ne l’ai pas choisi pour toutes ces difficultés, toutes ces misères, tous ces malheurs. Je l’ai aussi choisi pour ces moments, tellement rares mais si extraordinaires, où je vois les yeux brillants d’une maman lorsque je lui ramène son enfant égaré, où je vois un sourire sur le visage d’un enfant maltraité que j’enlève à sa famille, où je perçois le soulagement d’une grand mère que j’ai aidée à sortir de son immeuble en flammes.

Parce qu’être flic, c’est ça aussi.

Ce mercredi, en début d’après-midi, je vais prendre mon service. Je suis différent. Je suis triste pour mon collègue. Contrairement aux autres jours, je n’y vais pas avec le même engouement. En arrivant, je perçois dans le regard de mes collègues, dans leur poignée de main, la même sensation. A la suite de la lecture des consignes, je me dis qu’il va y avoir une pensée pour notre collègue de Dammarie les lys. Mais non rien, pas un mot de notre hiérarchie. Je suis scandalisé et je le dis haut et fort !!!! Comme si, nous n’étions pas collègues, comme si sa mort nous était indifférente, comme si…….Plus tard, j’interpelle un officier sur cet état de fait, et il me regarde, étonné, hagard : j’ai l’impression d’avoir parlé chinois….Pas de réponse ….Bien sûr, je vais faire mon travail, consciencieusement, professionnellement, mais aujourd’hui, j’espère rentrer chez moi ce soir. Tout simplement, comme chaque travailleur.

Parce qu’être flic, c’est ça aussi.

Je sais aussi que tous mes collègues sont indignés d’être taxés de nantis, de protégés. Mais comment pourrait-il en être autrement dès lors que nous sommes systématiquement suspectés par la justice à l’occasion de chacun de nos procès verbaux ? Avez-vous vu le moindre signe de présomption d’innocence dans chacun des articles de presse concernant les flics ? Comment une association comme la LICRA peut-elle « considérer qu’il y a une certaine complaisance de policiers envers les propos racistes de supporters du PSG », sans être inquiétée le moins du monde ? Où trouve-t-on une pétition signée par des personnes publiques s’offusquant de tels propos ? Sans être un spécialiste du droit français, ne s’agirait-il pas d’un outrage envers la nation, au titre de l’article 433-5 du code pénal ? Vous avez dit, stigmatisation ? Ce soir, je ne dormirai peut être pas aussi bien que les autres nuits, mais demain je remettrai ma tenue, je reprendrai mon travail. Comme chaque jour. Comme mon collègue de Dammarie les lys le faisait, comme il l’aurait fait.

Parce qu’être flic, c’est ça aussi. »

Par Luc Devaire

vu sur http://www.ripostelaique.com

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