Francaisdefrance's Blog

09/01/2010

Islamisation: le menu à la cantine, nouveau casse-tête des écoles.

08/01/2010

Interdits alimentaires, « menu au faciès », fichage des élèves : une directrice d’école raconte comment on compose les assiettes.

Un plat de saucisses-purée (Dearbarbie/Flickr)

Info signalée par un internauteUne internaute nous a envoyé un mail au mois de décembre après avoir lu un article d’Eco89 consacré à l’islam en entreprise. Ses dilemmes à elle concernent le contenu de l’assiette des enfants à la cantine. Cette lectrice est directrice d’école maternelle en région parisienne.

Quartier réputé à haute mixité culturelle et religieuse : un hangar qui sert de mosquée jouxte l’école, une communauté loubavitch plutôt dynamique à proximité, et, dans l’école, une majorité d’enfants dont les parents sont issus de l’immigration.

A plus de 50 ans, dont trente passés dans l’Education nationale, cette directrice affirme que les choses se sont compliquées seulement récemment avec les familles. « Pas du tout parce que, comme on l’entend parfois, ces parents balourderaient leurs enfants à l’école, en “démissionnant” », précise-t-elle.

C’est du côté de la cantine colaire qu’elle a découvert les conflits culturels. En cause : l’évolution des codes alimentaires liés à la culture religieuse des élèves.

Techniquement, c’est la mairie de la ville qui est responsable de la restauration scolaire. Mais, dans les faits, c’est souvent le directeur d’école qui brieffe les animateurs encadrant les enfants à raison d’une quinzaine par adulte. Notre lectrice a listé.

1Les parents ne peuvent exiger de garanties

Que faire si un jeune Omar, dont les parents auront précisé à l’enseignant qu’il était musulman, réclame du rab de saucisses-lentilles à la dame de la cantine ?

« En début d’année, je préviens les parents : je ne garantis rien en la matière. Je ne suis pas en mesure de leur promettre que ça n’arrivera pas.

Je suis chargée de la surveillance et de la sécurité des enfants en tant que directrice dans le cadre du temps extrascolaire. Mais ce n’est pas à moi de décider de ce qu’ils mangent ou ne mangent pas.

Je veux bien encourager les animateurs à les initier au goût, mais pas surveiller les enfants. C’est aux parents de leur apprendre à se nourrir comme ils l’entendent. »

2De l’« observance alimentaire » au menu au faciès ?

Certaines écoles ont décidé de mettre en place des dossiers alimentaires complets précisant à titre individuel qui mange quoi. Problème : c’est laborieux à mettre en place et, sur le terrain, les animateurs ont difficilement les moyens d’adapter chaque assiette à un dossier administratif.

Souvent, ceux qui tentent de concilier pragmatisme et exigeances des parents finissent par trier sans faire trop de détail. Les critères sont alors plus ou moins subtils : le prénom de l’enfant, la couleur de sa peau, etc.

La directrice qui nous a contacté s’inquiète de ce qu’elle regarde comme des dérives :

« Une mère de famille m’a raconté un jour qu’elle était ulcérée qu’on refuse systématiquement à son fils les plats avec du porc. Le môme avait un joli petit prénom musulman. Sauf que jamais ses parents n’avaient demandé à ce qu’il évite le porc. La mère en avait ras le bol de le voir revenir le soir en ayant mangé des oeufs. »

3Des menus sur mesure seulement pour raison médicale

Aux dires de cette directrice en Ile-de-France, les règles ont évolué : d’une interdiction de manger du porc, on passerait de plus en plus au refus de tout plat de viande, sauce bolognaise comprise.

Elle affirme avoir observé ce changement chez les élèves de familles musulmanes mais aussi chez les juifs orthodoxes :

« Certains parents ont tenté d’apporter un certificat de leur médecin de ville précisant que leur enfant ne mangeait pas de viande.

Mais le dispositif est plus strict : il faut contractualiser l’accord entre un animateur, un médecin scolaire et les parents, si l’on veut une personnalisation. Et jusqu’à preuve du contraire, les médecins scolaires ont toujours accepté pour des questions d’allergie mais refusé si c’était lié à la religion. »

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La variété alimentaire en souffre

Avec l’évolution des interdits, notamment pour les élèves juifs et musulmans, certains plats tendent à disparaitre de la carte : fatigués par les casse-têtes récurrents, les chefs d’établissement finissent parfois par demander à la municipalité de supprimer tout simplement certains plats. Notamment ceux à base de viande, qui sont pourtant des classiques de la nourriture en collectivité.

On peut citer par exemple :

  • le hachis parmentier
  • les raviolis
  • les spaghettis bolognaise
  • les laitages (qui comportent souvent des graisses animales)

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Les enfants ne mangent pas toujours à leur faim

Théoriquement, le service de restauration doit proposer un menu de substitution. Concrètement, c’est plus souvent des oeufs que du poisson, finances obligent.

Mais, dans l’école de notre lectrice, il y a rarement de quoi servir autant de menus bis que d’enfants qui en souhaitent. Question de proportion culturelle à l’échelle de l’école. Et la directrice se refuse à faire des listes pour ficher les enfants en fonction de leur appartenance religieuse.

Résultat ? De plus en plus d’enfants mangent non pas un repas complet mais seulement l’entrée et le dessert. Tout en payant plein pot, ce qui ne manque pas de faire grincer les parents, sans satisfaire l’équipe pédagogique.

Et vous, avez vous déjà rencontré ce problème en tant qu’enseignant ou en tant que parents ? L’Education nationale doit-elle s’adapter culinairement ou s’en tenir à une vision strictement laïque du menu ?

Photo : un plat de saucisses-purée (Dearbarbie/Flickr)


Source: rue89.com

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